Si je m’arrête un instant pour vous parler de la vie, juste comme ça bien tranquillement dans un bar de St Denis, j’vous raconterai les souvenirs bien gravés dans ma mémoire de cette époque ou vieillir était encore bien illusoire.
Mon frère, avec ton chapeau, tes tatouages et ta grosse barbe, tu n’as jamais trompé personne… tu n’as jamais été un gros dur !
C’était juste un déguisement mais on a tous vu que dessous il y avait un vrai gentil !
Un homme écorché qui n’a pas été épargné par la vie mais qui aurait donné sa chemise pour ses potes, sa famille et ses enfants.
Mon frère, un vrai papillon social qui était capable de parler à n’importe qui et de se faire un pote en moins de 5 minutes autour d’une bière.
Mon frère, un pigeon voyageur qui a parcouru le monde pour essayer de trouver sa place. Le Québec gravé dans la peau mais l’Asie dans la tête comme projet et St Pargoire dans le cœur.
Mon frère, fan de sports mais sportif de canapé qui se casse le pied au premier Dunk. Combien de fois tu m’as mis une raclée au judo ! Tu pouvais parler des heures de la carrière de Cristobal Huet… ce français des Canadiens qui te faisait rêver.
Mon frère, cordon bleu du dimanche qui mangeait les raviolis dans la casserole et me servait des haricots verts à la crème fraiche comme si c’était une recette étoilée. Pourtant, tu étais un pâtissier génial, plein d’idées et capable de faire des gâteaux magnifiques !
Mon frère, bricoleur maladroit mais roi de la palette. Des idées plein la tête mais jamais le bon outil pour se lancer. Nos maisons sont pourtant pleines d’œuvres faites de tes mains.
Mon frère, bavard et râleur. Pas un jour sans t’entendre te plaindre, râler ou me raconter la dernière vidéo virale de Tik Tok. Mais pourtant plein d’humour et capable de fou-rires à t’en faire pleurer.
Mon frère, mélomane et musicien. Des heures à t’écouter jouer de la batterie dans notre appartement de Montpellier. Et si je ne reconnaissais pas la chanson… je me faisais engueuler ! Tu écoutais tout le temps de la musique et cherchais toujours le prochain concert qui te ferait vibrer. Des Négresses vertes à Cabrel en passant par les Stones ou les Queens of the Stone Age, difficile de te donner un style.
Mon frère, super Tonton qui donne le biberon à son neveu et à sa nièce dans l’aéroport de Montpellier avant de reprendre l’avion pour Montréal et qui Skype juste 5 minutes pour les voir grandir avant d’aller bosser au IGA. Tu voulais qu’ils te reconnaissent la prochaine fois que tu reviendrais en France pour les voir.
Mon frère, super Papa tellement fier de ses garçons, prendre le temps de leur apprendre à faire du vélo, faire les devoirs et jouer aux cartes. Tu avais toujours peur de ne pas y arriver… et pourtant… ce rôle t’allait si bien !
Mon frère, l’homme qui avait la même tête que son chien ! Tu es rentré du Canada avec Raymond, ton bouledogue. Il était gros et pouvait nous faire sortir la pièce au moindre pet…. Mais il était ton ombre et tu l’adorais.
Je vous partage certains de mes souvenirs mais ne nous méprenons pas… Mon frère c’était aussi un casse-couille de première, borné et à qui j’ai botté le cul plus d’une fois.
Il était cabossé, imparfait et savait me faire sortir de mes gonds en moins de temps qu’il ne faut pour le dire mais c’est comme ça que je l’aime.
Voila,
Je me suis arrêtée un instant pour vous parler de la vie et je constate que bien souvent, on choisit pas mais on subit…
Et les rêves des ti-culs s’évanouissent ou se refoulent dans cette réalité crue qui nous embarque dans le moule : la trentaine, la bedaine, les morveux, l’hypothèque, les bonheurs et les peines, les bons coups et les échecs,
travailler, faire de son mieux, s’arracher, s’en sortir et espérer être heureux… un peu… avant de mourir.
Mais au bout du ch’min dis moi ce qui va rester de notre petit passage dans ce monde effréné ?
Après avoir existé pour gagner du temps, on se dira qu’on était finalement que des étoiles filantes.
Reprends ta route mon étoile filante, mon frère, mon chum !
Merci d’avoir fait un bout de chemin avec nous autres
Je t’aime fort mon frère.