Ginette,
Quand j’ai rencontré Sandrine, j’avais 19 ans.
Et forcément, quand on rencontre une fille à cet âge-là, il y a une autre personne que l’on découvre assez rapidement : sa maman.
À l’époque, Ginette était une jeune retraitée. Elle s’occupait de son foyer, de Robert, de Sandrine… et elle allait bientôt devoir composer avec un nouveau venu : moi.
Et, à ma grande surprise, j’ai tout de suite été accepté dans la famille.
Ginette m’a rapidement accordé sa confiance. Elle m’a fait confiance pour être auprès de Sandrine, pour prendre soin d’elle, et finalement, quelques années plus tard, pour devenir son mari.
Alors bien sûr, avec Ginette, tout n’a pas toujours été parfaitement calme !
Elle avait du caractère… beaucoup de caractère !
Nous avons eu nos petits désaccords, parfois quelques discussions un peu animées… mais nous avons toujours fini par nous réconcilier.
Parce que derrière ce caractère bien affirmé, il y avait surtout une femme avec une immense générosité.
Ginette avait la main sur le cœur.
Elle aimait donner, partager, recevoir, faire plaisir… et souvent sans compter.
Elle a été un véritable pilier dans la construction de notre famille.
Puis sont arrivés les petits-enfants.
Et là, Ginette a découvert un rôle qu’elle allait prendre très au sérieux : celui de mamie.
Elle voulait être là pour eux dès leur plus jeune âge, les accompagner, les voir grandir, participer à leur vie.
Elle n’a d’ailleurs pas hésité à déménager pour se rapprocher d’eux.
C’était Ginette.
Quand elle aimait, elle s’investissait.
Et la famille occupait une place immense dans sa vie.
Nous avons donc partagé énormément de moments ensemble.
Des repas, des réunions de famille, des sorties…
Parce que Ginette aimait sortir.
Elle aimait partir le week-end, visiter les petits villages de l’Hérault ou du Gard, se promener, découvrir, et surtout… faire quelques emplettes.
Et lorsqu’il s’agissait de faire des achats, il y avait une règle assez simple : ne pas compter !
Le porte-monnaie pouvait parfois avoir un avis légèrement différent…
Mais Ginette, elle, savait qu’il fallait profiter de la vie , et finalement, elle avait peut-être raison.
Ginette avait aussi ses petites passions ou habitudes :
Elle adorait les chouettes et les hiboux.
Elle en collectionnait tellement qu'à force, les bibelots avaient fini par envahir les étagères et
il faut bien reconnaître qu'à un moment donné, faire le ménage relevait de l'archéologie !
Elle aimait aussi regarder ses séries quotidiennes
Les Feux de l'amour, Amour, Gloire et Beauté…
Et nous les regardions souvent avec elle, sans avoir trop le choix en fait.
On ne savait pas toujours exactement ce qui s'était passé dans l'épisode précédent, mais Ginette, elle, savait !
Elle savait également coudre, tricoter, et surtout cuisiner certaines choses avec beaucoup de talent.
Je me souviens notamment de son flan aux œufs, qui était délicieux.
Et puis il y avait, avec l'aide de Robert, cette fameuse purée de marrons au chocolat.
Et bien sûr, comment oublier les incontournables rollmops à l'huile, avec leurs échalotes et leurs carottes, conservés dans leur terrine en terre ?
Il faut être honnête : tout n'était pas forcément aussi réussi.
La purée mousseline en poudre, par exemple…
On ne va pas laisser les générations futures croire que Ginette était parfaite en cuisine !
Et heureusement que Robert gardait un œil sur la cuisine,
mais sa ratatouille, elle, avait largement de quoi se défendre.
Ces petites choses faisaient simplement partie de la vie de Ginette.
Des choses qui paraissent parfois insignifiantes sur le moment…
Et qui deviennent, après le départ de quelqu'un, des souvenirs incroyablement précieux.
Puis les années ont passé.
Ginette est devenue plus âgée.
Plus sage aussi, peut-être.
Mais également plus fragile.
Et naturellement, les rôles ont commencé à s'inverser.
Pendant toutes ces années, Ginette avait pris soin de sa famille.
Elle avait pris soin de Sandrine, de ses petits-enfants, elle avait toujours voulu être présente pour ceux qu'elle aimait.
Et puis, à mon tour, j'ai voulu prendre soin d'elle, lui rendre la pareille
J'ai pu lui organiser un logement agréable et adapté, pour qu'elle puisse continuer à vivre dans de bonnes conditions, sans avoir à rejoindre une structure.
J'ai pu être présent avec Sandrine et nos enfants à différents moments de sa maladie, l'aider et l'accompagner.
Car finalement, après toutes ces années où elle avait donné aux autres, c'était peut-être simplement notre façon à nous de lui rendre un peu de tout ce qu'elle nous avait donné.
Cette maladie qui lui a peu à peu volé ce qui faisait sa personnalité.
Et nous regrettons profondément que son esprit se soit envolé si vite.
Parce que le corps était encore là…
Mais petit à petit, la Ginette que nous connaissions nous échappait.
Et c'est sans doute l'une des choses les plus difficiles à accepter.
Alors aujourd'hui, je ne veux pas retenir uniquement les dernières années.
Je préfère me souvenir de la Ginette que j'ai rencontrée à 19 ans, de cette femme qui un jour m'a
ouvert la porte de sa maison, et qui m'a accompagné pendant 35 années.
Merci pour tout ce que tu as donné à Sandrine, à tes petits-enfants et à toute notre famille.
Tu as maintenant fait ton dernier voyage.
Alors cette fois, il n'y aura plus besoin de surveiller les dépenses.
Tu peux profiter.
Profiter de la paix.
Profiter du repos.
Et, je l'espère, retrouver tous ceux que tu as aimés et qui t'ont précédée.
Repose en paix, Ginette.
Et où que tu sois maintenant…
Nous, ici, nous garderons de toi tous ces souvenirs.
Au revoir Ginette.